mardi 10 janvier 2017

Un Noël blanc réchauffé par les senteurs envoûtantes des pins, des cèdres et des genévriers

En ce jour de neige où j'écris tranquillement, les jambes sous un plaid et entourée de deux adorables chats ensommeillés, je profite de l'occasion des voeux pour l'année qui commence pour partager avec vous quelques instants choisis de l'année qui finit.

Nous eumes un Noël blanc. Pas un Noël enneigé, certes, mais une semaine où la couleur blanche fut omniprésente, régissant le givre, les nuées de brouillard opaque et ce froid glacial qui nous aurait volontiers anesthésiés durant cette dernière semaine de décembre.

Jardin blanc de Sainte Blandine hiver 2016

Ci dessus : quelques branches joyeusement givrées dans mon jardin !

Cette couleur blanche, épaisse et cristalline, qui transforme la végétation engourdie en un jeu d'ombres grises et brunes, cette couleur que l'on entend comme un silence, comme la campagne endormie alors qu'il est déjà onze heures du matin et que l'on se demande si tout ceci est bien réel, pellicule pâle si fragile que la toucher serait l'abimer, alors on laisse simplement la nature se réchauffer et nous faire oublier cette parenthèse enchantée.

Je me rappelle nos conversations avec Roseline Giorgis, lors de nos essais de peinture parfumée, nous n'avions finalement associé aucune huile essentielle à notre peinture a tempera de couleur blanche, et avions proposé aux visiteurs de l'exposition "Senteurs Pigmentées", à l'Isle-sur-la-Sorgue l'été dernier, de nous raconter la senteur que la couleur blanche leur évoquait.

telle une dentelle, une toile d'araignée givrée du jardin de Sainte Blandine

Photo ci-dessus : sous l'effet du givre, une toile d'araignée s'est transformée en dentelle

Le calendrier des ateliers à l'année m'amène à sélectionner en ces jours frileux la palette des huiles essentielles et absolues qui constitueront les matières phares de la séance du groupe perfectionnement, consacrée aux conifères. Cèdres, pins, genévriers, des huiles essentielles que l'on imagine plus facilement dans la palette de l'aromathérapeute que dans celle du parfumeur du dimanche. Entourée de touches à sentir, je constate que mon affection pour ces matières ne faiblit pas, qu'elles me plaisent olfactivement et aussi par le réconfort qu'elles m'offrent gentiment.

aiguilles de conifères givrées entremêlées Sainte Blandine

Photo ci-dessus : aiguilles mortes et vives entremêlées un jour de gel dans mon jardin

L'huile essentielle de pin sylvestre me renvoie à une figure masculine, introvertie, sobre et sombre. Richesse de notes et de contrastes, tantôt boisé écorce, carboné, tantôt épicé, relevé d'aromates, ou bien sucré, limite farineux, il essaie de contenir, sous son lourd manteau brun, une fraîcheur qui ne demande qu'à s'exprimer au grand jour. Qu'est-il arrivé à ce personnage, quel triste évènement aurait pu lui ôter à ce point l'envie de se livrer ? Sa térébenthine, par contre, me transporte en altitude, et m'offre une bouffée du bon air des cimes en plus de ses jolies notes fraîches de résine.

Les touches parfumées des huiles essentielles de baies de genièvre et de rameaux (incluant les baies de genévrier) se relaient sous mes narines et diffusent leurs notes chaleureuses et corsées. Paradoxalement, c'est l'huile essentielle issue de la distillation des rameaux incluant les baies qui me ramène au plus près, et au plus souvent, à la fameuse baie qui parfume la choucroute. L'odeur sombre et rugueuse des branches évolue et laisse s'épanouir au fil des heures une infime floralité, douce et sucrée. Les baies de genièvre distillées racontent avec éloquence une tout autre histoire, celle d'animaux de ferme qui m'nvitent dans leur humble refuge. J'y partage leur chaleur, leur fatigue, leur promiscuité. Je trouve leur compagnie apaisante, et je leur promets de trouver quelques beaux accords à créer avec l'huile essentielle de baies de genièvre.

Une nouvelle huile essentielle est arrivée dans la palette : l'huile essentielle de cèdre de l'Himalaya, qui ne s'en laisse pas conter. Tels deux frères en compétition pour la dernière part de dessert, le cèdre de l'Atlas (cedrus atlantica) et le cèdre de l'Himalaya (cedrus deodora) se livrent à une joute olfactive qui laisse mes narines et mon cerveau perplexes. -"Tu vois, nargue le cèdre de l'Himalaya, moi je plais aux filles, avec ma note solaire et puissante qui rappelle la gaulthérie, et aussi ce je ne sais quoi d'abricot confit et d'huile d'olive qui forme sous les narines un baume enchanteur... et oui, tu sais ce que ça veut dire ? J'évoque l'osmanthus, rien que ça !" - "Alors si tu crois que tu m'impressionnes, rétorque le cèdre de l'Atlas, HaHa, laisse-moi te dire que des comparaisons flatteuses, moi aussi, j'en ai eu, et pas des moindres, avec les parfums ambrés, avec les cires qui soignent et redonnent leur éclat aux meubles en bois, avec le cuir des bottes, qui protègent du froid les pieds des hommes, et même avec le magique opoponax. Je suis utile, et ma senteur est sollicitée pour de nombreuses coopérations : l'absolue de vanille, le labdanum, la mandarine, le gingembre, et même le curcuma qui n'attend qu'un signe de moi. Tu comprends à qui tu parles ?" Sidérée par un tel échange, je constate qu'aucun des deux ne revendique la facette "toilettes publiques un soir de fête" si chère à ma mémoire, pourtant...

L'huile essentielle issue de la distillation des aiguilles de sapin baumier vient à point pour balayer ces effluves, et sème un climat de début de printemps, une légère brise dans les branches, convoque la chlorophylle qui refait surface et la sève qui remonte dans les végétaux tandis que fond la neige. Tonique, intense, durable, sa senteur réveille l'envie de courir dans les prés, bras grands ouverts ! Quelques notes de liqueurs de plantes médicinales viennent compléter ce réjouissant tableau où la couleur verte joue de ses nombreuses nuances.

La nuit se pose et les Terres Froides où je réside portent leur nom mieux que jamais. Les notes typiques du crayon de papier fraîchement taillé de l'huile essentielle du cèdre de Virginie sont douces, discrètes et élégantes. Tout en retenue. Plus chaleureux est le cèdre du Texas, dont l'huile essentielle, bien que fort semblable à celle du cèdre de Virginie, exprime des notes plus rondes, plus compactes, qui me rappellent de façon lointaine le vétiver Bourbon et même une boisson cacaotée dont je ne citerai pas le nom. Difficile de les imaginer en frères qui s'apostrophent bruyamment comme les deux cèdres... Ce ne sont d'ailleurs pas des cèdres, mais deux genévriers, le juniperus Virginiana et le juniperus Mexicana, ce dernier incarnant à mes yeux un homme accueillant, sociable et courtois, tandis que le premier préfèrera un certain retrait pour préserver un caractère sans concession.

belles aiguilles blanches jardin Ste Blandine

Photo ci-dessus : fantaisie d'aiguilles cristallisées sur fond brun velours - Jardin de Sainte Blandine

Enfin le bois de cade. L'évocation d'une couleur brun anthracite. La terre et l'ardoise. Un juniperus dont l'huile essentielle toute simple, extraite de ses rameaux distillés, m'entraîne dans les bois secs d'Ardèche du Sud, sous un soleil d'été. Branches friables qui cassent facilement. Puissance poivrée qui pique ma gorge et l'assèche. Clope fumée jusqu'au mégot. Chaleur sublime qui me fait oublier, le temps de quelques bouffées, la froideur saisissante de l'hiver.


mardi 8 décembre 2015

Le Musée International de la Parfumerie de Grasse (M.I.P.) : visite d'été et visite d'hiver

"Vous êtes la première !" me dit en souriant la jeune femme qui me tend mon billet.

Ce mercredi 2 décembre 2015, après ses trois semaines de fermeture annuelle, j'étais la première visiteuse à franchir les portes du Musée International de la Parfumerie de Grasse, le M.I.P..

Je l'avais déjà visité par deux fois l'été dernier, il faisait très beau, très chaud, et les ruelles de la cité grassoise fourmillaient de touristes qui se rafraîchissaient et se restauraient, après avoir déambulé dans cette ville attrayante et colorée mais, il faut bien le dire, plutôt  escarpée...

Ruelles de Grasse Juillet 2015               Ruelles de Grasse 2 Juillet 2015

 

Ruelles de Grasse 3 Juillet 2015                 Ruelles de Grasse 4 Juillet 2015

Ruelles de Grasse, juillet 2015.

Je m'étais dit qu'il fallait absolument que je revienne à la calme saison, pour profiter de la richesse de son contenu dans une atmosphère plus tranquille qu'au sommet de la saison touristique.

Le MIP retrace l'évolution de la parfumerie de l'Antiquité à nos jours, en mettant en évidence les liens historiques étroits qui unissent la ville de Grasse à l'industrie de la parfumerie. Les prémisses de ces liens dateraient du Moyen-Age, la bourgade encore embryonnaire se développant déjà autour des tanneries et des fleurs dont la culture est favorisée par le micro-climat. Catherine de Médicis a une affection toute particulière pour les gants parfumés, Grasse a ce qu'il faut : les cuirs, et les fleurs, et la ville se développe d'abord autour de la profession de gantier-parfumeur, puis, au XVIIIème siècle, la tannerie recule et la cité se spécialise plus encore dans la parfumerie, par le biais de l'agriculture, de la transformation des matières premières et celui de la création de parfums également. La culture des plantes à parfums grassoise a régressé au cours du XXème siècle, mais le savoir-faire "parfum" est toujours présent, à travers les sociétés high tech de transformation de matières premières, les aromaticiens et les créateurs de parfum. Le MIP rend hommage au terroir grassois, à son héritage et à son patrimoine culturel actuel.

L'habit de Parfumeur - Grasse - Tomek Kawiak

Sur le chemin du MIP, cette oeuvre de Tomek Kawiak – 1997 – Habit de Parfumeur – d’après une gravure du XVIIème siècle

La chronologie guide la visite, abordant l'intention des parfums, mouvante selon les époques. Sont exposés de très nombreux flacons de parfums, datant de l'Antiquité à nos jours, avec des contenants en verre, en écorce, en métal, en terre... qui nous renvoient non seulement à la fonction sociale des parfums mais aussi à leur forme, solide, liquide, huileuse, pot-pourri, fumigation... Au cours de l'Histoire, la composition des parfums varie aussi et mobilise différentes sciences et techniques qui se mettent au service des créateurs de parfums.

J'ai pris tellement de photos, et obtenu si peu d'images de qualité, entre l'absence de flash, les vitrines et l'éclairage si spécifique... le plus simple est de venir se rendre compte par soi-même !

On peut sentir, à différents endroits du parcours, à l'aide de diffuseurs de type presse-bouton. Nous avons senti, notamment, l'huile essentielle de rose, l'absolue de rose, l'alcool phényl-éthylique (APE) qui donne à l'absolue de rose et à l'eau florale cette évocation de doux pétales.

On peut aussi faire connaissance avec certaines plantes à parfum comme le patchouli, le vétiver, le ciste, l'oranger amer, la rose, le jasmin, l'iris, qui sont cultivées à titre d'illustration dans une petite serre. L'été, sensation moite. L'hiver, sensation heureuse de terre bien arrosée.

Surprenantes, les reconstitutions de senteurs addictives telles que le tabac, le cannabis, le whisky... par le parfumeur Christophe Laudamiel. Hmm, le tabac... je l'ai trouvé superbe !

Une part importante du musée est consacrée à l'histoire du flaconnage du parfum. Une fresque historique qui relie les parfums best sellers à des évènements ou à des personnages historiques concomitants.

Un coup de coeur pour le papier peint décoré d'étiquettes de flacons vintage, embellissant les murs du MIP :

Papier peint du MIP étiquettes de parfums

Mais j'aimerais ici mettre en avant l'étage que le MIP consacre aux coulisses de la fabrication, non pas du parfum en soi mais des matières premières qui le constitueront.

Des mini reportages audio-visuels jalonnent notre parcours, alternant témoignages d'experts d'entreprises locales spécialisées dans les matières premières de parfumerie, et images issues de leurs laboratoires.

La distillation est le mode d'extraction le plus connu, elle est à la base des huiles essentielles utilisées en aromathérapie et représente le mode d'obtention des matières premières naturelles de parfumerie le plus répandu.

Comment les décrire ? Alignés, une série d'appareils métalliques voués à la distillation nous font face. Lorsqu'ils étaient cernés par les visiteurs estivaux, je trouvais que certains suggéraient les premiers sous-marins, à propulsion humaine, j'avais même trouvé une vague ressemblance entre l'un d'entre eux et un shadok ! Cet hiver, je m'approche d'eux dans le musée presque vide et silencieux. Je trouve alors qu'ils imposent le respect.

Evaporateur lenticulaire distillation MIP Grasse

Alambic vapeur n°1 MIP Grasse          Alambic vapeur n°2 MIP Grasse

Légendes du MIP de Grasse : photo de dessus évaporateur lenticulaire, 1ère moitié du XXème siècle, Grasse, photos de dessous : deux alambics vapeur et leur serpentin aérien, Antoine Chiris, Grasse, XXème siècle.

Le principe de la distillation repose sur la capacité de la vapeur d'eau à entraîner les principes aromatiques des plantes avec elle et à les restituer sous forme d'huile essentielle et d'hydrolat après que la vapeur ait été refroidie et soit redevenue liquide. La distillation porte en général sur une part bien précise de la plante : feuilles et tiges, sommités fleuries, bois, écorces, graines, racines. Les végétaux sont disposés dans l'alambic, une sorte de chaudière équipée d'une passoire qui laisse s'introduire la vapeur d'eau, les molécules odorantes sont alors entraînées par la vapeur, qui chemine dans un "col de cygne" pour être enfin refroidie en parcourant les méandres d'un "serpentin" réfrigéré. La vapeur ainsi refroidie se condense, les huiles essentielles, plus légères que l'hydrolat, flottent au sommet du "vase florentin" et après un temps de décantation, voici l'huile essentielle et l'eau florale prêtes à être utilisées !

La distillation n'a pas été inventée à Grasse mais l'industrie grassoise trouva des pistes d'amélioration du procédé au XIXème siècle et le procédé de distillation évolue encore aujourd'hui. Le MIP présente en particulier la distillation rectificative et la distillation moléculaire qui permettent d'obtenir des distillats plus épurés pour la parfumerie.

Les agrumes, quant à eux, ne sont usuellement pas distillés mais leur essence est "exprimée", l'huile essentielle étant située sur l'écorce de l'agrume. Nous découvrons une machine mise au point en Calabre dès le milieu du XIXème siècle afin de simplifier l'extraction des principes odorants. En premier, la machine rape les zestes, en second, elle les presse afin d'en extraire l'huile, puis suit une phase de décantation.

Machine à expression des essences d'agrumes MIP Grasse

La machine à expression des essences d'agrumes du XIXème siècle exposée au MIP de Grasse

Plus brièvement sont abordées les teintures alcooliques que le musée décrit comme n'étant plus guère utilisées que pour les matières premières animales de nos jours. Je relève l'information donnée par le musée que la réduction de la pratique des teintures serait survenue en raison des taxes sur le transport de l'alcool.

Agitateur ou Berceuse pour teintures alcooliques MIP

Légende du MIP de Grasse : agitateur à rotation alternative dit "berceuse", Roure Bertrand fils, 1ère moitié du XXème siècle, France

Il est amplement question de l'enfleurage. L'enfleurage concernait certaines fleurs dont l'extraction des principes aromatiques est quasiment impossible par la distillation : la rose, le jasmin, la fleur de tubéreuse... Il consiste à extraire les principes aromatiques des fleurs par imprégnation intensive d'une graisse (animale ou végétale), la graisse constituant une "pommade" qui est ensuite "lavée" à l'alcool dans des "batteuses", permettant ainsi le transfert des essences dans l'alcool. L'absolue est ensuite purifiée de l'alcool, donc concentrée et utilisable en parfumerie. Digestion à chaud au chaudron pour la rose ou la jacinthe, enfleurage à froid du jasmin ou de la tubéreuse à l'aide de cadres en verre sur lesquels les fleurs présentées à la graisse sont régulièrement renouvelées : les "châssis". Un procédé made in Grasse, exigeant en temps et en main d'oeuvre : selon le type de fleur, les explications du musée indiquent que celle-ci peut macérer entre 3 jours et une semaine dans la graisse pour libérer ses molécules odorantes jusqu'à épuisement, et l'opération peut être renouvelée jusqu'à 60 jours pour que la graisse soit saturée, ce qui veut dire qu'entre chaque renouvellement de fleurs, le châssis aura été secoué par une ouvrière (d'après les photos du musée, ce sont des dames) qui aura fini d'ôter les fleurs engluées dans la graisse manuellement, et aura réinjecté une quantité suffisante de fleurs sur le châssis pour qu'un autre cycle d'extraction se fasse. Mis à mal dès la fin du XIXème siècle par l'extraction à base de solvants volatils, plus productive, et la montée en puissance des matières premières synthétiques qui élargissent considérablement la palette du parfumeur, l'enfleurage a quasiment été abandonné.

Bain d'enfleurage à chaud MIP Grasse          Batteuses de concrètes et châssis d'enfleurage MIP

Cuves de digestion à chaud, batteuses et châssis utilisés pour l’enfleurage, exposés au MIP de Grasse

Les absolues ne sont plus désormais issues de l'enfleurage, elles sont obtenues par des procédés d'extraction "aux solvants volatils" tels que l'hexane actuellement, ou, plus récemment encore, le dioxyde de carbone à l'état supercritique. Les fleurs, mais aussi les résines, gousses, rhizomes, écorces... sont "lavés" de leurs principes aromatiques par un solvant qui justement, par sa capacité à se volatiliser aisément, ne reste pas dans le produit final. Là encore, Grasse joue un rôle primordial dans cette rupture technologique qui démarre dans les années 1870 pour ne cesser de progresser au cours du XXème siècle (l'extraction au CO2 supercritique a été mise au point en 1986). Les noms des producteurs de matières premières Roure et Chiris sont étroitement liés à la mise au point et à l'emploi en parfumerie de ces premières absolues.

Le MIP présente également les nouvelles molécules issues de la synthèse pétrochimique qui révolutionnent la parfumerie à la fin du XIXème siècle, où l'introduction d'une molécule synthétique dans un parfum était déjà en soi une grande nouveauté (Fougère Royale de Houbigant avec la coumarine en 1882 et Jicky de Guerlain en 1889 avec la vanilline et la coumarine). En recréant par un autre biais les molécules existant dans les extraits naturels, elles permirent une révision des proportions de ces dernières dans les compositions. Elles ont également nourri de nombreuses bases, contribuant notamment à rendre plus réalistes certaines reproductions, en particulier de fleurs blanches, puis elles se sont progressivement émancipées des modèles, suggérant des senteurs nouvelles non répertoriées dans la nature. Le public les cotoie aujourd'hui au quotidien dans les produits parfumés qu'il utilise.

Un zoom est également fait sur la technique du "headspace", qui permet de récupérer à l'aide d'un gaz inodore, d'analyser et de détailler avec précision les molécules odorantes constituant la senteur d'une plante à un instant t. La distillation ou l'absolue ne procurant pas systématiquement  le reflet exact de ce que nous pouvons sentir lorsque nous nous penchons sur une fleur par exemple, le headspace permettra aux compositeurs de parfums de reproduire, à l'aide des molécules odorantes en leur possession, une senteur qui sera la plus fidèle possible à l'odeur réelle de la fleur considérée.

Je crois qu'il n'est pas utile que je m'épanche davantage pour expliquer à quel point ce musée m'a plu. C'est un lieu que je revisiterai  en m'émerveillant encore, et dans lequel chacun pourra trouver, en fonction de ses affinités, l’Histoire, les senteurs, la technique, les flacons et le design, un peu de la Provence…

Pour 1€ de plus (l'entrée au musée de Grasse coûte 4€ pour un adulte), je suis allée cet été visiter les jardins du MIP à Mouans Sartoux.

La rose et le figuier entrelacés au jardin du MIP

La rose et le figuier entrelacés aux jardins du MIP, été 2015.

En dehors du MIP, des Parfumeurs historiques grassois tel que Galimard, Fragonard ou Molinard (je m'excuse par avance si j'en oublie) proposent des visites et des ateliers (payants) qui permettent aux visiteurs de se transformer en apprentis parfumeurs le temps d'une heure ou plus... un passage à la pratique qui complète de façon ludique cette belle immersion dans le monde du parfum.